Principaux thèmes de recherches du module biothérapie
Néphrologie.
En partenariat avec le service de néphrologie transplantation, nous avons constitué et alimentons de façon prospective une cohorte de patients transplantés rénaux. Nous avons étudié l’impact des cellules immunitaires des patients au moment de la greffe sur (i) la survenue d’infections opportunistes et (ii) la survenue d’épisodes de rejet dans les deux ans suivant la transplantation rénale et montré que la proportion des cellules NK et des cellules type age B cells permettait de déterminer une population particulièrement à risque d’infections opportunistes. Des études complémentaires chez les patients transplantés rénaux traités par la biothérapie belatacept et plus à risque de développer des infections opportunistes et des infections sévères, deuxième cause de mortalité après transplantation rénale, sont en cours.
Nous avons également un projet de recherche sur le ciblage thérapeutique de CD38 en transplantation. Il illustre parfaitement l’activité du domaine biothérapie ainsi que les interactions entre les différents projets développés par ses partenaires. En effet, la forte expression de la molécule CD38 par les plasmocytes responsables du myélome multiple (MM), a conduit au développement d’anticorps spécifiques pour le traitement de ces patients. Les plasmocytes sont également une cible logique de la thérapie chez les patients présentant des anticorps anti-HLA spécifiques ou non du donneur qui ne sont pas éligibles pour une transplantation d’organe en raison du risque élevé de rejet médié par les anticorps et de la diminution de la survie de l’allogreffe. En collaboration avec l’équipe de Stuart Knechtle (Duke University Medical Center, Durham, Caroline du Nord, États-Unis), nous avons apporté la preuve de concept de la capacité du daratumumab (Ac anti-CD38) à diminuer les anti-HLA avant une transplantation rénale dans un modèle de grand macaque et chez l’homme et après une transplantation avec une diminution significative des anticorps spécifiques du donneur de classe 1 et 2 et une amélioration clinique du rejet médié par les anticorps (Kwun, Matignon et al. J Am Soc Nephrol 2019). Le domaine biothérapie a ensuite mené un essai clinique de désensibilisation chez les futurs receveurs d’allogreffe rénale avec le daratumumab administré avant la transplantation (Pilon, KI reports 202) et en collaboration avec une équipe espagnole, nous avons mis en évidence un biomarqueur de réponse soutenue au daratumumab (Torija, Matignon M et al, AJT 2025). Le CD38 étant également exprimé par d’autres cellules immunitaires, nous sommes en train d’analyser l’effet de l’anti-CD38 sur la composante alloréactive T dans un modèle murin de greffe de peau et le processus pathologique de la GVHD (cf thématique suivante).
Onco-hématologie. Dans la poursuite de notre essai clinique pionnier consistant à éliminer les lymphocytes T régulateurs sur la base de leur expression constitutive du CD25 (Maury et al STM 2010), nous conduisons actuellement deux essais cliniques de thérapie cellulaire. Le premier est la réplication de l’essai clinique initial mais cette fois-ci sur une cohorte de 50 patients greffés en double aveugle, afin d’objectiver, l’effet clinique potentiel d’une telle approche. Nous avons inclus 50% des patients. Le second consiste en une optimisation technologique d’élimination des cellules régulatrices par la sélection positive des cellules effectrices sur la base de l’expression du récepteur à l’interleukine 7: le CD127. Ce dernier essai doit commencer ses inclusions en septembre 2024. Dans tous les cas, ces thérapies cellulaires ont pour objectif de déclencher un effet anti-tumoral chez des patients en rechute leucémique post-greffe.
Dans la poursuite des travaux réalisés sur les greffes rénales, nous avons donc étudié l’impact du Daratumumab sur la GVH xénogénique (xéno-GVHD) qui consiste à administrer des cellules humaines chez des souris immunodéficientes et avons démontré que l’effet protecteur (anti-GVH) observé était dû à la déplétion des cellules T exprimant le CD38. Un manuscrit est en préparation en collaboration avec le groupe de David Michonneau (Hôpital Saint Louis, Paris), qui a observé de son côté que CD38 était un marqueur de GVH chez les patients allo-HSCT.
Depuis des décennies, les modèles d’allo-HSCT ont apporté une contribution décisive à une meilleure compréhension des mécanismes de la réponse immunitaire et de leur régulation. Grâce à un modèle expérimental unique que nous avons mis au point et qui reproduit chez la souris toutes les situations possibles observées chez l’homme après une allo-CSH (+/- GVD ; +/- effet anti-leucémique), nous pouvons maintenant aborder des questions plus fondamentales pour identifier les mécanismes multiparamétriques qui orientent la réponse immunitaire dans une direction ou une autre, fournissant ainsi un rationnel expérimental pour des thérapies innovantes. Ce modèle sera utilisé pour décrire l’état du système immunitaire en absence ou en présence de GVHD, avec ou sans effet GVL. Dans un second temps, des molécules cibles sélectionnées pour leur fort potentiel à orienter de manière décisive la réponse immunitaire dans un sens ou dans l’autre seront testées, seules ou en thérapie combinée, pour leur capacité à médier un effet GVL ou à moduler une GVHD. Ce projet fait partie d’un projet plus large développé avec le groupe de D. Michonneau (Hôpital Saint Louis, Paris) visant à identifier des biomarqueurs cliniques, immunitaires et métaboliques pertinents à partir d’une collection biologique unique de patients greffés (cohorte CRYOSTEM, 400 patients).
Immuno-oncologie. Nous travaillons essentiellement sur l’adénocarcinome canalaire pancréatique (PDAC) avec pour objectif principal d’étudier et de cibler les cellules immunosuppressives. Comme les cellules tumorales humaines telles que les lignées cellulaires dérivées de PDX ne peuvent pas être utilisées chez des souris immunocompétentes, nous avons mis en place différentes lignées cellulaires murines (mPDAC et KPC) injectées orthotopiquement chez des souris syngéniques immunocompétentes. Une fois les cellules PDAC injectées dans le pancréas, les souris développent des tumeurs en 3 à 5 semaines, reproduisant l’environnement tumoral des patients (hautement fibrotique et hypoxique), et la rigidité de la matrice extracellulaire (ECM). En utilisant ces modèles, nous avons établi des protocoles et des outils pour étudier le phénotype des cellules immunitaires et développer et appliquer différentes approches thérapeutiques. Nous venons de soumettre un manuscrit décrivant comment le blocage du TNFR2 pourrait promouvoir la réponse immunitaire anti-tumorale dans la PDAC en ciblant une sous-population de Treg activés et en réduisant l’épuisement des cellules T (bioRxiv doi : https://doi.org/10.1101/2024.01.22.573571 en révision pour The Journal for Immunotherapy of cancer). Dans le cadre du même projet, le CIC-BT a mis en place une nouvelle cohorte PDAC (cohorte MICADO) à partir de patients de notre centre. A ce jour, nous avons inclus 69 patients dont 55 en oncologie et 14 en chirurgie digestive.
Médecine régénérative
- L’étude MESAMI a été réalisée en collaboration avec le module biothérapie du CIC de Toulouse. Elle fait suite à l’étude BONAMI à laquelle nous avions déjà participé (Manrique A, Eur J Nucl Med Mol Imaging, 2016 ; Roncalli J, Eur Heart J 2011). Son objectif est d’évaluer l’efficacité de l’injection de cellules stromales mésenchymateuses autologues, issues de la moelle osseuse, sur la capacité à l’effort de patients présentant une ischémie chronique avec dysfonction ventriculaire gauche. Une particularité de cette étude est de réinjecter les cellules par voie endo-cavitaire, les injections étant guidées par un système de cartographie électromécanique. Le CIC a inclus 11 patients dans cette étude et les analyses statistiques sont en cours.
- La sclérodermie est une pathologie autoimmune rare, chronique, et sévère, caractérisée par une atteinte vasculaire, une dysrégulation immunitaire et une fibrose tissulaire. Elle traduit souvent par une atteinte multiviscérale. Des arguments préliminaires suggèrent que les cellules stromales mésenchymateuses issues de tissues adipeux pourraient avoir un effet bénéfique dans cette pathologie de par leurs effets immunomodulateurs pro-angiogénique et anti-fibrosant. Au cours de ce protocole (Pre-MSC-AT-SSc), le CIC a mis en place un circuit permettant d’obtenir des échantillons de tissus adipeux de donneurs allogéniques (n=6) adressés au bloc opératoire pour une liposuccion. Le CIC a assuré la pré-sélection de ces donneurs, la vérification de l’absence de pathologie infectieuse ou tumorale et l’ensemble du circuit logistique. Les cellules stromales mésenchymateuses sont obtenues après isolement et expansion in vitro (EFS). Ces cellules seront injectées aux patients atteints d’une sclérodermie dans le service de médecine interne du Pr D Farge (Hôpital Saint Louis).
- Le syndrome de Stevens-Johnson (SJS) et la nécrolyse épidermique toxique (TEN) sont des réactions indésirables muco-cutanées rares et aiguës mettant en jeu le pronostic vital. À ce jour, aucun traitement curatif n’a démontré sa capacité à favoriser la guérison du SJS-TEN. Les cellules stromales mésenchymateuses, combinant un effet immunomodulateur paracrine et la sécrétion de facteurs solubles impliqués dans la réparation des plaies, constituent une stratégie de thérapie cellulaire prometteuse pour favoriser la guérison cutanée. L’étude LYSYME utilise le même circuit de production de cellules stromales mesenchymateuses que précédemment décrit (issues de tissus adipeux) et un premier volontaire donneur a été inclus. Cette étude permettra d’évaluer la tolérance et fournira une première appréciation de l’efficacité de cette approche sur la réépidermisation. Le CIC coordonnera également l’inclusion et le suivi des 20 volontaires qui seront inclus dans cette étude en collaboration entre les domaines biothérapie et pharmacologie – thérapeutique.